Sorare et la réglementation JONUM : ce qui change pour les managers français à partir de mai 2026

Sorare a envoyé un email officiel à tous ses managers français cette semaine pour les informer de son adaptation à la réglementation JONUM — Jeux à Objets Numériques Monétisables. Ce nouveau cadre légal français impose des ajustements concrets sur les récompenses cash et la vérification des comptes. Pour une partie de la communauté, c’est un coup dur. Pour d’autres, un passage obligé qui clarifie enfin le statut juridique de la plateforme. Voici ce qui change, ce qui ne change pas, et ce que ça signifie pour vous.
Le calendrier : deux dates à retenir
Deux échéances s’imposent aux managers français :
- À partir de la semaine du 4 mai 2026 : une étape de vérification de compte sera demandée pour continuer à jouer aux Compétitions Sorare Pro. Vous aurez 30 jours pour compléter cette vérification.
- À partir du 31 mai 2026 : les récompenses cash en Sorare Pro ne seront plus versées en euros, mais exclusivement en crypto-actifs — ETH ou SOL selon vos préférences.

Ce que la vérification de compte implique concrètement
Deux étapes vous seront demandées dans ce délai de 30 jours :
- Définir vos limites de jeu — obligation imposée par la réglementation JONUM pour encadrer les pratiques.
- Vérifier votre identité (KYC) — si vous avez déjà effectué cette vérification via votre Cash Wallet (ce qui est le cas pour la majorité des managers), vous n’avez rien à faire. Sinon, le processus passe par le prestataire Mangopay et prend généralement quelques minutes.
Fin des récompenses en euros : ce que ça change vraiment
C’est le point qui cristallise le mécontentement. À partir du 31 mai, toutes les récompenses cash — y compris celles issues du mode gratuit Sorare Set — seront versées en ETH ou SOL, et non plus en euros. C’est un choix assumé de Sorare pour obtenir la catégorisation JONUM, qui implique l’abandon de la monnaie fiat dans les récompenses.
Deux plafonds annuels s’appliquent désormais pour les managers en France :
- Récompenses cash : jusqu’à 25 000€ par année civile, versées en crypto-actifs à valeur équivalente.
- Récompenses en nature (maillots, tickets de match, expériences exclusives) : jusqu’à 1 000€ par année civile.
Si vous atteignez ces plafonds — et Sorare admet que c’est peu probable pour la plupart des managers —, des récompenses alternatives seront proposées jusqu’à la réinitialisation au 1er janvier.
Le mode gratuit (Sorare Set) est-il impacté ?
Oui, et c’est l’angle le plus épineux. Plusieurs membres de la communauté l’ont pointé sur les réseaux : même le mode gratuit est concerné par la réglementation JONUM. Le statut de Sorare Set ne peut pas rester tel quel sous ce nouveau cadre légal. Deux scénarios circulent dans les discussions :
- Conversion des gains en crypto (ETH/SOL) avec KYC obligatoire — même pour les joueurs gratuits.
- Suppression des gains monétaires, remplacés par des gemmes ou des cartes de jeu — sans composante financière.
Sorare n’a pas encore officialisé l’issue pour ce mode spécifique. À suivre dans les prochaines semaines.
Ce qui ne change pas
Sorare est explicite sur ce point dans sa communication, et il est important de le souligner pour ne pas créer de confusion :
- Cartes, Essence, XP, Crédits de marché : aucun plafond, aucune modification dans leur attribution.
- Le Marché reste identique : achat, vente et échange de cartes en euros continuent exactement comme avant.
- Tous les modes de jeu restent accessibles sans modification du gameplay.
- Les prize pools Sorare 26 sont maintenus tels qu’annoncés en début de saison.
Comment la communauté réagit
Sans surprise, les réactions sur X (Twitter) sont majoritairement négatives. Les managers qui gèrent de grosses galeries et comptaient sur des récompenses en euros substantielles voient cette évolution comme un recul. Certains envisagent déjà de vendre leurs galeries dans les prochains jours, anticipant une baisse de valeur des cartes liée à une possible désertion de profils investisseurs.
D’autres, plus pragmatiques, relativisent : le cadre JONUM apporte une légitimité juridique à Sorare en France, ce qui est une protection à long terme pour la plateforme et ses utilisateurs. La crypto plutôt que l’euro, c’est techniquement une valeur équivalente — avec la volatilité en prime, dans un sens comme dans l’autre.

Le consensus semble être : c’est contraignant, mais c’était prévisible. La vraie question est celle de la fluidité de conversion des crypto reçues en euros pour ceux qui le souhaitent. Sorare promet de travailler sur des solutions de conversion simplifiée et un renforcement des usages crypto sur le Marché — sans détails concrets pour l’instant.
Ce qu’il faut faire avant le 4 mai
Concrètement, si vous êtes manager Sorare basé en France :
- Vérifiez si votre KYC est déjà validé via votre Cash Wallet — si oui, vous n’avez qu’à définir vos limites de jeu.
- Si votre identité n’est pas encore vérifiée, préparez une pièce d’identité : le processus Mangopay est rapide.
- Choisissez dès maintenant votre préférence de crypto (ETH ou SOL) pour le versement de vos futures récompenses.
- Surveillez les communications officielles de Sorare sur l’évolution du mode Sorare Set — c’est le point encore flou à ce stade.
Le contexte juridique que Sorare ne dit pas clairement
Un élément de fond important est peu relayé dans les communications officielles de Sorare. Le régime JONUM n’est pas permanent : la loi SREN de mai 2024, qui a créé ce cadre, le qualifie explicitement d’expérimental pour une durée de 3 ans. Autrement dit, la classification JONUM de Sorare est à revalider d’ici mai 2027. Ce que Sorare présente comme une mise en conformité sereine est en réalité un pari : que le régulateur maintienne ce cadre favorable à l’horizon de la prochaine révision.
L’enjeu juridique est précis. En droit français, l’article L320-1 du Code de la sécurité intérieure définit le jeu de hasard comme toute opération offerte au public impliquant une mise avec espérance de gain dont l’issue est due « même partiellement » au hasard. Cette formulation est au cœur de la discussion sur Sorare26 : dès lors que la mécanique Essence/Crafting — qui détermine l’accès à des cartes compétitives via un tirage aléatoire — conditionne partiellement les résultats et les récompenses, le critère du « même partiellement » peut s’appliquer. Ce n’est pas une hypothèse théorique : c’est exactement la grille d’analyse qu’utilise l’ANJ (Autorité Nationale des Jeux) pour instruire ses dossiers.
La dérive du modèle économique : de la durabilité à la consommation saisonnière
Il y a un changement structurel dans l’économie de Sorare que la communication officielle minimise. L’ancien modèle reposait sur la durabilité des cartes : un manager investissait une fois, constituait une galerie, et pouvait en tirer de la valeur sur plusieurs saisons. C’était un modèle de biens durables — comparable à une collection Panini physique.
Sorare26 rompt avec cette logique. En imposant l’achat de nouvelles cartes chaque saison pour rester compétitif dans les tournois à hautes récompenses, la plateforme bascule vers un modèle de consommation récurrente — proche du FIFA Ultimate Team plutôt que du fantasy sport. L’obsolescence des cartes n’est plus simplement dictée par le marché, elle est construite par les choix de game design de Sorare. C’est une différence fondamentale pour les managers qui avaient investi sur la promesse d’une valeur long terme.
Une question que Sorare n’a pas répondu : que devient votre argent si la plateforme disparaît ?
C’est probablement l’angle le plus inconfortable, mais aussi le plus légitime. Si Sorare rencontrait des difficultés financières majeures, qu’arrive-t-il aux ETH et aux fonds présents dans les wallets utilisateurs ? Sont-ils réellement ségrégués des fonds propres de la société, ou sont-ils exposés en cas de procédure collective ?
Sorare n’a pas communiqué de façon transparente sur ce point. Dans un contexte où la plateforme opère avec des pertes opérationnelles et dépend de financement continu, cette question n’est pas anecdotique. Elle devient une question de confiance réglementaire — et précisément le type de point que l’ANJ peut soulever lors d’une révision du statut JONUM en 2027.
Notre analyse
La réglementation JONUM était dans les tuyaux depuis un moment. Sorare n’avait pas vraiment le choix : s’y conformer ou risquer une interdiction pure et simple en France. Dans ce contexte, l’adaptation est plutôt bien gérée — le cœur du jeu est préservé, les plafonds à 25 000€/an ne concernent qu’une minorité de managers, et la garantie de maintenir les prize pools de la saison 26 est rassurante.
Ce qui est plus problématique, c’est la bascule crypto imposée pour tout le monde, y compris les joueurs qui n’ont aucun rapport à la crypto et qui vont devoir apprendre à gérer de l’ETH ou du SOL pour récupérer leurs gains. L’absence de clarté sur le mode gratuit est aussi une source d’inquiétude légitime pour les managers qui ont construit leur expérience Sorare sur ce mode.
À surveiller dans les prochaines semaines : les détails concrets sur la conversion simplifiée, l’avenir de Sorare Set, et l’impact sur le marché secondaire des cartes si une partie des gros managers décide effectivement de liquider leurs galeries.



